Acteur rodé au théâtre, Andrew Garfield est aussi bien passé par les gros blockbusters de studio (The Amazing Spider-Man) que par les productions indépendantes (99 Homes). Mais c’est principalement au sein d’ambitieux biopics qu’il s’est distingué : après The Social Network et Tu ne tueras point, il se prête une nouvelle fois à l’exercice avec Breathe (notre critique à lire ici). Le film d’Andy Serkis était projeté au Festival du film de Zurich en 2017, et Garfield était présent à cette occasion. Nous avions pu le rencontrer lors d’une table-ronde en compagnie d’autres journalistes.


Pour commencer, comment êtes-vous arrivé sur le projet Breathe ?

On est venu me chercher. Je ne savais rien de la vie de Robin et Diana Cavendish et j’ignorais l’existence du projet. On m’a envoyé le script et j’en suis tombé amoureux. J’ai pleuré, j’ai ri, c’était tellement magnifique. Ensuite, j’ai rencontré Jonathan [Cavendish, producteur du film et fils du véritable Robin], et il prétend qu’au bout d’une minute et demi il avait décidé que j’étais la bonne personne pour incarner son père. Tout s’est donc plutôt bien déroulé.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le script ?

J’ai vraiment été conquis par le rôle. Robin était un homme qui voulait tellement vivre, vivre pleinement, que même une si terrible tragédie ne pouvait pas réfréner cette envie. Et j’étais juste fasciné par la façon dont il a réussi à créer une telle vie et une telle beauté, à partir d’un deuil, d’une perte. Jouer dans une histoire comme celle-ci vous rappelle la chance que vous avez. J’espère toujours apprendre de mes travaux. C’est comme lire un excellent roman, écouter une magnifique chanson ou voir un grand film. Ils vous changent, si vous êtes ouverts à ça. Et je crois que, jouer, c’est la même chose pour moi. Quelle que soit l’histoire à laquelle je participe, je veux qu’elle me change d’une façon ou d’une autre. Qu’elle me réveille, qu’elle me fasse être plus présent, davantage moi-même.

Étant donné la nature particulière du rôle et du projet, ressentiez-vous une certaine pression ?

J’étais très excité. Quand j’ai lu le script, je me suis dit « Je dois le faire ! ». Ça semblait magnifique à tenter d’incarner et de comprendre. Et ensuite, bien sûr, j’ai hésité. C’est un sacré truc dans lequel s’engager. Ce n’est pas une petite vie qu’ils ont eue, Robin et Diana. Et ils ont représenté beaucoup, pour de nombreuses personnes. Je ressentais donc une grande responsabilité, celle de s’assurer que l’on rende justice à leur vie. Mais j’étais dans tous les cas très fier de prendre part à ça.

Vous avez déjà joué dans plusieurs biopics : The Social Network, Tu ne tueras point, et maintenant Breathe. Comment abordez-vous ce genre de rôles, qui sont des figures réelles, en comparaison des personnages purement fictifs ?

Vous avez un ensemble de ressources différentes, mais c’est le même genre de processus. Je me soucie autant des personnages fictifs que des personnes réelles que j’incarne. Le désir est le même : simplement rendre justice au personnage, à l’histoire. Mais la différence, quand on joue une personne réelle, c’est évidemment que l’on a beaucoup plus d’informations accessibles, et le travail de recherche est simplement différent. Pour Desmond Doss [le héros de Tu ne tueras point], comme pour Robin, il y avait une quantité très riche de livres que j’ai pu lire, de photographies que j’ai pu regarder et de personnes que j’ai pu rencontrer. L’information était presque illimitée, c’était formidable.

Le personnage étant paralysé pendant la majorité du film, c’est un rôle qui implique de tout faire passer par les expressions faciales et la voix. La préparation a-t-elle été difficile ?

Pour la voix, ç’a été compliqué, oui. C’est quelque chose que j’ai dû beaucoup travailler. Physiquement, vous vous limitez vous-même et vous voyez ce qu’il se produit, vous voyez où vont toutes les impulsions de votre corps. Et évidemment, elles allaient dans le visage, dans les yeux. Ensuite, avec la voix, vous imposez aussi cette même limitation. Il s’agit donc de produire ça naturellement, plutôt que d’essayer de recréer quelque chose, d’imiter. Ce n’est pas une imitation, même si je voulais être sûr que la qualité de voix de Robin était similaire. Des photographies et des vidéos que j’ai vues, son visage était très animé. Mais j’imagine que ça se produit naturellement, quand vous êtes vous-même quelqu’un d’animé, d’extraverti, et que vous ne pouvez plus vous exprimez à travers votre corps. Si vous voulez faire un câlin à quelqu’un, lui faire une tape sur l’épaule, vous battre avec lui, vous devez mettre toute cette envie dans la partie de votre corps qui peut l’exprimer. Donc, ça se produit naturellement.

Andy Serkis étant lui-même un acteur avant d’être un réalisateur, et un acteur habitué aux performances physiques, j’imagine qu’il avait une bonne idée du challenge que le rôle représentait pour vous. Comment vous a-t-il guidé, et comment était la collaboration avec lui en général ?

En fait, il s’est vraiment concentré sur l’histoire. Il m’a fait confiance, sa concentration était moins centrée sur la performance d’acteur. Elle était centrée sur l’histoire et sur la caméra. Il a enrôlé des acteurs en qui il avait confiance, comme Claire Foy, Tom Hollander, Hugh Bonneville, et tous ces comédiens extraordinaires. Il nous a vraiment laissés libres, il n’a donné des indications que lorsqu’il le souhaitait vraiment et quand nous en avions besoin. C’était une façon extrêmement confiante de diriger les acteurs. Il était vraiment concentré sur les autres tâches de la réalisation.

Vous avez également joué plusieurs fois au théâtre, par exemple dans Angels in America. Des expériences de jeu très différentes, je suppose…

Oui, très différentes, mais j’apprécie vraiment les deux. Il y a quelque chose de très satisfaisant avec le théâtre, c’est que c’est uniquement vous et le public, il n’y a aucune séparation. Il y a une connexion très intime et profonde. Mais tout dépend de la pièce, des acteurs. Si ça ne fonctionne pas, c’est très douloureux. C’est pareil pour les films : avec un film comme Breathe, si je n’avais pas eu Claire Foy avec qui travailler, ça aurait été très dur. Mais il se trouve que nous nous sommes beaucoup appréciés en tant qu’acteurs, et ça a aidé notre jeu. C’était quelque chose de très profond, une connexion très forte. Ça dépend vraiment de beaucoup d’éléments. Il y a tellement de choses qui pourraient mal tourner au théâtre comme au cinéma, et quand tout se passe bien c’est vraiment satisfaisant.

Après le challenge que représentait ce film, avez-vous d’autres envies de rôles exigeants comme celui-ci ?

C’était un challenge, mais c’était aussi très joyeux. Le plaisir de jouer l’a emporté sur la difficulté. Quant à d’autres rôles, je ne sais pas vraiment pour l’instant. Récemment, j’ai eu beaucoup de plaisir à raconter des histoires que j’aimais beaucoup. Mais je pense que j’ai besoin d’une petite pause. J’ai besoin de me poser, de prendre le temps de réfléchir où je veux aller ensuite, ce que je veux faire, et je ne suis pas encore sûr de quoi que ce soit pour le moment. Je sais que ce sera différent, mais je ne sais simplement pas encore ce que sera. Je me réjouis de pouvoir me reposer et retourner un peu à ma vie, être avec ma famille et mes amis. Vous savez, réévaluer un peu les choses.


Entretien réalisé à Zurich en 2017. Un grand merci à Seline Meli et Serge Sanchez.

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