The Tunnel posterNous avons eu la chance de rencontrer Kim Seong-hun, le réalisateur de The Tunnel (dont notre critique est à lire ici), film catastrophe présenté sur la Piazza Grande. Revenant sur son troisième film qui jouit d’un énorme succès au box-office local, le Coréen, à qui l’on doit A Hard Day (2014), nous parle d’humour, de sécurité nationale et de son travail avec ses acteurs.

The Tunnel est basé sur un roman coréen. Comment vous êtes-vous retrouvé à adapter ce livre? Est-ce que vous y avez apporté beaucoup de changements ?

La première fois que je l’ai lu le livre, la situation d’un homme coincé est ce qui m’a plu. J’aimais cette idée simple tournant autour de la vie d’un être humain. C’est ce que j’ai repris le plus du roman. Ensuite, lors du travail d’adaptation, c’est probablement le ton que je l’ai plus modifié, en utilisant l’ironie pour faire ressortir plus l’humour. À mes yeux, pour voir un film comme celui-ci, il faut pouvoir s’appuyer sur la force de l’humour. La fin a également été grandement modifiée, puisque dans le livre c’est bien plus douloureux et cruel.

La plupart des films coréens tendent à s’appuyer sur l’hybridité générique. Dans vos films on retrouve cette utilisation particulière de l’humour. The Tunnel est certes un film catastrophe avec une forte dimension dramatique, mais il déborde également de moments drôles. Comment avez-vous travaillé sur l’équilibre de ces deux tons opposés ?

A Hard Day, mon film précédent, était un thriller ayant beaucoup de tension et d’humour. Je pense que ces deux tons peuvent s’entrechoquer pour obtenir une plus grande synergie. Pour The Tunnel, je trouvais que l’histoire et la situation étaient lourdes et que même si la narration était bonne cela pouvait être peu supportable pour le public d’assister à un tel film pendant deux heures. Mais livré avec un certain humour, cela n’affecte pas la nature fondamentale de ce que tu veux illustrer et le tout serait bien mieux reçu. Et c’est aussi de cette manière que la vie fonctionne : nous avons toutes sortes d’émotions dans notre vie, on peut les différencier mais au final elles finissent par se mélanger.

Kim Seong-hun portrait

En parlant d’humour et d’ironie, vous vous attaquez ouvertement aux médias ainsi qu’à des problématiques gouvernementales. Est-ce que ces points étaient pour vous uniquement un outil humoristique ou vous aviez en tête une dimension critique précise?

Je pense que cela dépend de votre manière de percevoir le film et de le ressentir. En Corée, il s’agit d’un film commercial à gros budget et nous avons donc la responsabilité de faire en sorte que le plus de personnes possibles le voient. Par rapport à l’aspect critique, en utilisant de l’humour – que le public y adhère ou pas –, je tenais à ce que le film ne soit pas trop incommode. Par exemple, lorsque quelqu’un t’insulte, si c’est fait de manière sérieuse cela peut mener à un affrontement physique, mais si c’est fait de manière joviale et comique, alors tu peux en rire et passer à autre chose.

La question de sécurité nationale est centrale dans votre film. S’agit-il d’une conséquence directe de l’incident du ferry Sewol ?

Ce n’est pas intentionnel, mais comme vous l’avez mentionné vous êtes au courant de ce qui s’est passé et je pense que pour tous les Coréens – moi y compris – c’est une influence à laquelle on ne peut pas échapper. Le film n’est pas basé sur un incident particulier, mais comme il traite de l’effondrement de valeurs universelles, telles que la sécurité de vies humaines, il appelle forcément à des comparaisons.

Un élément très surprenant dans votre film, c’est à quel point il va droit à l’essentiel – le tunnel s’effondre dans les dix premières minutes. Est-ce que vous aviez envie de provoquer le public et de revisiter le concept du film catastrophe ?

J’ai fait quelque chose de similaire dans mon film précédent et c’était en partie pour surprendre les spectateurs. Je pense que ça a aussi un lien avec ma manière d’approcher la narration. Plutôt que d’avoir la mise en place d’une situation qui se dirige vers le climax, j’aime avoir le climax au début et avoir du temps après coup pour explorer les personnages et l’histoire. L’avantage de cette alternative c’est que c’est un peu moins prévisible pour le public et plus difficile d’anticiper comment le récit va se dérouler.

The Tunnel big

Lors de votre processus d’écriture, à quel point avez-vous pris en considération le facteur de réalisme du récit (la batterie du téléphone, les besoins d’un être humain se trouvant dans des conditions aussi extrêmes) ? Avez-vous plutôt préféré vous focaliser sur le sens symbolique de l’histoire ?

Ce n’est pas quelque chose qui m’ait sévèrement restreint. Bien sûr c’est important de ne pas perdre de vue l’aspect réaliste de l’histoire, mais pour aider le développement et le déroulement de celle-ci, il y a des parties où j’ai sacrifié le réalisme.

Les deux acteurs principaux – Ha Jung-woo et Doona Bae – sont vraiment excellents. Est-ce vous aviez ces deux acteurs en tête depuis le début du développement du film ?

Cela dépend de ce que vous entendez par le point de départ du film. C’est lors de la phase d’écriture que j’ai eu ces deux acteurs en tête et pas depuis le tout début du projet ; seulement une fois que j’avais commencé à travailler sur la direction du scénario.

Et comment était-ce pour Ha Jung-woo de jouer dans un espace aussi restreint?

En réalité, l’acteur est encore plus grand qu’il en a l’air et c’est comme ça que je me suis rendu compte à quel point l’intérieur de la voiture était petit (rires). Pendant le tournage, de manière similaire à ce qui se passe dans le film, il s’y est habitué. Au début, bouger de l’arrière à l’avant du véhicule lui était très difficile, puis à la moitié du tournage il est devenu très habile pour le faire, à l’image du personnage dans le film.

Est-ce que vous travailleriez déjà sur des projets dont vous pourriez nous faire part?

Il y a deux ans, quand je suis venu en Europe avec mon film précédent, on m’a posé la même question et j’avais répondu « rien de très sûr ». Aujourd’hui je me trouve dans la même situation : il n’y a rien de certain pour l’instant mais de sûr j’adorerais revenir dans un endroit comme celui-ci avec quelque chose de nouveau (rires). En fait, je suis la personne la plus curieuse de savoir ce que je vais faire ensuite !

Un grand merci à Seh Hyun-rho, Stefanie Kuchler ainsi qu’à l’équipe du Festival del film Locarno pour avoir rendu cette interview possible. Entretien conduit par Thomas Gerber et Loïc Valceschini, publié en anglais sur ScreenAnarchy.

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