Des Nazis ! Des expérimentations ! Des expérimentations nazies ! Marre d’attendre les festivals ou leur sortie physique/en streaming pour profiter des dernières séries B ? Overlord est fait pour vous : un film d’action légèrement horrifique, bien emballé, dynamique, sans aucune originalité mais avec un savoir-faire et une envie de divertir parfaitement louables. Surtout, sans manquer d’ambitions à proprement parler, l’entreprise a tout à fait conscience de ce qu’elle est et ne cherche jamais à se faire passer pour autre chose qu’un divertissement généreux.


Certes, on a l’impression d’avoir entendu le synopsis d’Overlord une bonne dizaine de fois depuis les années 2000. Si les films d’horreur à petit budget mettant en scène des nazis se livrant à des expériences immorales et fantaisistes se sont récemment multipliés avec des représentants tels que Frankenstein’s Army (Richard Raaphorst, 2013), Outpost (Steve Barker, 2008) ou Blood Creek (Joel Schumacher, 2008), le genre s’étend bien au-delà de cette mouvance, comprenant des films d’exploitation peu hygiéniques (mais fort recommandables) comme Ilsa, She Wolf of the SS (Don Edmonds, 1975) ou SS Experiment Love Camp (Sergio Garrone, 1976), inclut un film de Noël intitulé Elves (Jeffrey Mandel, 1989), et prend même racine dans la science-fiction britannique et américaine de série B, par exemple avec les Nazis décryogénisés de The Frozen Dead (Herbert J. Leder, 1967) ou les femmes mutantes de She Demons (Richard E. Cunha, 1958).

Le concept central d’Overlord (un sérum expérimental transforme les morts en mutants implacables) est toutefois copié presque mot pour mot de celui de la comédie Revenge of the Zombies (Steve Sekely, 1943), dans lequel un scientifique nazi invente un moyen de ramener les morts à la demi-vie, sous forme de zombies. Ajoutez-y l’héritage de The Keep (Michael Mann, 1983) en termes de traitement premier degré appliqué, ainsi qu’une atmosphère sans doute volontairement réminiscente de la franchise vidéoludique Wolfenstein, et vous obtenez un condensé de références plus ou moins bien digérées par le réalisateur australien Julius Avery.

Il est toutefois évident que ce dernier n’a qu’un seul objectif : proposer un film de guerre aux tons horrifiques carré et entraînant. La tâche est accomplie haut la main : l’introduction, qui illustre le parachutage catastrophique d’une division de soldats américains en France, comprend des moments d’immersion saisissants, et notamment un long plan qui suit la chute du protagoniste en temps réel. La première moitié du métrage répond des codes du film de guerre, n’introduisant ses éléments surnaturels qu’avec parcimonie. Tous les clichés du révisionnisme hollywoodien bas du front y passent évidemment. En tête : tous les Nazis sont des assassins violeurs inhumains sans motivation autre que la domination mondiale et la cruauté, et la ségrégation et le racisme ont magiquement disparu de l’armée états-unienne (aucun Afro-Américain n’aurait pu mener d’escouade tel que c’est le cas ici).

Personne ne s’attendra bien sûr à découvrir une proposition équilibrée et intelligente à la Sam Peckinpah dans Cross of Iron (pour ne citer qu’un exemple), et finalement, tout cela n’a pas vraiment d’importance. L’appui outrancier sur des formules narratives préfabriquées ressort quasiment à chaque scène (chaque objet récupéré est utilisé, les personnages font des découvertes hasardeuses plutôt qu’en raison de leur ruse, l’antagoniste monologue inutilement, etc.), mais Overlord fait preuve d’un élan si communicatif qu’il est difficile d’en vouloir au film. Après tout, il ne souffre d’aucune prétention, et propose un récit élagué, sans fioritures, sans sous-intrigues inutiles, pour se concentrer sur l’essentiel, à savoir offrir un actioner horrifique plaisant au spectateur.

En ce sens, le métrage développe ses personnages juste ce qu’il faut pour capter notre attention, et est bien plus intéressé par son intrigue que par les humains qui l’habitent. Les sentiments naissants entre la Française qui accueille les soldats et Boyce, le protagoniste, en resteront là, tandis que l’attitude désobligeante et violente du Caporal Ford ne serviront qu’à donner plus de poids à sa décision finale. Les autres membres de l’équipe sont d’autant plus de clichés sur pattes (un Latino beau gosse et bourru, un photographe de guerre naïf, etc.). Comme souvent dans ce genre de film, l’acteur à qui il est donné le plus d’opportunités de briller est le Danois Pilou Asbæk, qui campe un officier SS sadique au potentiel iconique monumental, un véritable vilain de comic book à l’ancienne qui élève chacune des scènes dans lesquelles il apparaît. Jed Kurzel, quant à lui, propose une partition fonctionnelle qui s’approche plus de la musique d’ambiance inquiétante et crispante (le morceau « Serum » en constitue un parfait exemple), et reprend au passage l’une de ses compositions pour Alien: Covenant en début de film.

En plus de son énergie communicative, Overlord jouit du soutien inestimable d’un gros studio (Bad Robot, piloté par J.J. Abrams), et donc d’un budget confortable, que tous ses pairs lui enviraient. En tant que série B friquée, le film bénéficie d’un production design, de décors et d’une qualité de fabrication générale supérieurs à la vaste majorité des films de sa catégorie, ce qui rend essentielle sa réussite au cinéma si les amateurs du genre souhaitent voir plus de produits de ce type montrés sur grand écran.

Dans l’ensemble, Overlord s’impose plus comme un film d’action qu’un film d’horreur, ses séquences de fusillade et de combat pulp étant celles qui restent particulièrement en tête une fois sorti de la salle. Ponctué d’un ou deux jumpscares évidents, le récit n’entre vraiment dans le territoire horrifique que lors de son dernier acte, qui le rapproche d’autres films de monstre musclés, mais jamais des frontières de l’épouvante. Dans un sens, cela illustre bien l’impossibilité aujourd’hui de faire peur avec les Nazis du cinéma : ceux-ci sont tellement caricaturaux, amalgamés aux poncifs les plus outranciers des comics, que leur seul potentiel cinégénique (en ce qui concerne les films de genre) se trouve désormais dans le fantastique décomplexé, unique catégorie apte à faire quelque chose de ces méchants par défaut. Avery l’a bien compris, et accumule volontairement tous les poncifs possibles avant de lâcher les rênes dans un final prévisible mais cathartique.

Overlord est un excellent film de minuit : une œuvre parfaitement adaptée aux séances tardives en festival, dont on se délecte après une journée épuisante passée à subir films d’auteur et expérimentations subversives masturbatrices. Julius Avery ne réinvente rien, si ce n’est le plaisir de découvrir un film qui répond de A à Z à nos attentes dans une approche foraine du cinéma-spectacle. Lorsque bien racontée, même la plus éculée des histoires se suit avec plaisir. Miracle, Overlord saute la case « sortie intimiste en VOD »  et passe directement à une large diffusion en salles obscures. Alors si vous aimez les balles dans la tête, les Nazis et les combats de surhommes, soyez sympa : allez-y.

OVERLORD – Sortie le 21 novembre 2018
Réalisé par Julius Avery
Avec Jovan Adepo, Wyatt Russell, Pilou Asbæk

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