À l’occasion de la sélection de Gaz de France (lire notre analyse thématique du film) en compétition internationale de la dernière édition du NIFFF, nous avons eu le plaisir de rencontrer son réalisateur Benoît Forgeard. En découvrant ce premier long métrage qui sortira fin décembre en France, nous avions bien senti que le monsieur avait quelque chose à dire sur l’actualité politique française et européenne. Et le bougre ne nous a pas déçus : la pertinence du cinéaste sur les sujets politiques abordés au cours de notre discussion nous a permis de révéler la richesse du propos politique de Gaz de France. Un échange aussi chaleureux que passionnant.


F.E. – Gaz de France s’inscrit dans un contexte politique français particulier et il est difficile de ne pas penser à l’actualité en le voyant. S’agit-il d’un film politique, avais-tu la volonté de transmettre un message lié au contexte actuel ?

B. F. – Oui. Transmettre un message c’est beaucoup dire car je n’ai jamais envisagé le cinéma ni même l’art en général comme étant un moyen de passer des messages mais il y a en tout cas une intuition derrière le film, une sorte de réflexion. Plutôt que d’être une attaque des méthodes du storytelling, le film défend l’idée que nous avons besoin de récit. Je pense que nous avons besoin d’une forme de romantisme dans la politique. Il ne s’agit pas d’un exercice simple car ce récit va parfois prendre l’apparence de quelque chose qui leurre les gens mais quand on voit l’Union européenne et la façon dont on souffre du fait que cette organisation soit purement comptable, je pense que là nous avons besoin de quelque chose de romanesque. Gaz de France raconte un peu ça. Un peu car, encore une fois, je ne cherche pas à démontrer quelque chose mais je me rends compte que, surtout en France, la population est toujours un peu ambivalente par rapport au pouvoir. On voudrait que le président soit normal et une fois qu’il devient normal on a envie qu’il nous emmène malgré tout. Je pense que nous n’avons jamais vraiment assumé cette idée que nous avons besoin d’un récit qui soit bien formulé, qui soit intelligent et qui nous emporte parce qu’il y a dans la politique et plus généralement dans l’humanité un besoin de romanesque.

Comment est née l’idée de Gaz de France ? Quel a été l’élément déclencheur : l’envie de faire une comédie ou est-ce la situation politique actuelle qui t’a donné l’idée de faire un film sur un président impopulaire ?

J’ai commencé à écrire le film sous Sarkozy et je l’ai terminé sous Hollande. Mais, à vrai dire, Sarkozy-Hollande, c’est les deux faces d’une même pièce (rires). Je ne me suis pas dit « je vais écrire une comédie qui parlera de ça », c’est simplement que ce théâtre politique m’a inspiré et m’a donné envie de faire une comédie de dialogues. L’idée était de faire un huis clos, pour des raisons financières aussi.

J’ai l’impression que le personnage que tu incarnes dans le film est l’occasion d’une critique très forte contre le rationalisme, puisque ses projections s’avèrent exagérément pessimistes. Était-ce ta volonté de critiquer ce rationalisme forcené qui peut faire penser aux mesures d’austérité que s’imposent aujourd’hui de nombreux pays européens ?

Eh bien tu vois, ça doit être un peu instinctif de ma part car je ne m’étais pas fais la réflexion. Je ne voulais pas faire un personnage représentant une critique du rationalisme mais effectivement il y a de ça. C’est sûr qu’on est dans une époque où tout à coup on peut nous asséner avec énormément d’assurance des vérités sous la foi d’une expertise alors que tu ne sais pas trop d’où elle sort ni ce qu’elle vaut. Alors oui, bien sûr, il y a cet aspect là et il y a aussi le fantasme, à travers ce personnage, de la possibilité d’administrer des gens de façon rationnelle, avec un logiciel qui pourrait le faire et qui pourrait être une sorte d’idéal pour certains puisque ça permet de retirer l’affect dans notre relation au pouvoir pour le gérer froidement. Ça pourrait être une tendance dans les dizaines d’années qui viennent. On pourrait avoir un jour cette tentation d’être administré de façon numérique, par des algorithmes. Or, je pense que ce sera probablement une impasse… Mais on va le tenter… On va demander à nos amis scandinaves de faire ça.

Un autre personnage intriguant est celui de la jeune fille. On pourrait effectivement se dire naïvement que « l’espoir réside dans la jeunesse » et qu’elle représenterait une lueur d’optimisme mais elle ne s’avère finalement pas si constructive. Alors pourquoi est-elle là ?

En fait, si tu veux, cette fillette est la présidente d’un lobby d’enfants dans le film. C’est dit assez brièvement au début et c’est vrai que je n’exploite pas vraiment à fond ce personnage, il est là comme une pièce du puzzle avec moins d’influence que d’autres. Mais c’est plutôt pour tordre le cou, de façon intuitive je pense, à une rengaine puisque l’enfance est toujours vue comme étant régénérante. Or, non pas que je n’aime pas les enfants, mais pour moi les enfants sont plutôt des gens qui, au contraire (rires) ressassent des clichés et qui sont très rapidement victimes de la projection que les adultes font sur eux. Donc les enfants sont rarement des gens d’une liberté folle, c’est ce que je leur reproche (rires).

Film Exposure_Forgeard

Mine de rien, cette idée du président Bird de « déclarer la guerre aux banques » serait-elle l’idée la plus sérieuse du film ?

Ouais eh bien, c’est-à-dire que tu sais, je pense que le président Bird est le seul dans ce film à avoir quelques idées qui ne semblent pas trop mauvaises. Par exemple l’idée de le faire passer pour mort n’est pas une idée si mauvaise et celle d’attaquer les banques n’est pas non plus si mauvaise. C’est-à-dire que tout à coup, cette espèce d’intuition romantique, il l’a. Et il l’a quand il est poussé dans ses retranchements.
J’observais ça avec ce qui s’est passé ces derniers jours en Grèce. Je regardais le dimanche soir les images [le dimanche 5 juillet 2015, jour du résultat du référendum qui portait sur l’acceptation de la proposition faite par l’UE, la BCE et le FMI, ndlr]. Bon, moi je ne suis pas économiste, j’imagine que la Grèce a une part de responsabilité dans ce qui se passe mais quoi qu’il en soit, je trouve que les Grecs qui vivent ça en ce moment s’en rappelleront toute leur vie et que Tsípras les emmène malgré tout vers quelque chose qui, politiquement, est vivifiant. Je ne sais pas ce qui va se passer mais tout d’un coup, ils échappent à quelque chose qui était plaqué, qui était ce que les économistes et ce que Bruxelles avaient prévu. Tout à coup quelque chose échappe et évidemment, avec l’Histoire il faut se méfier parce qu’elle est souvent tragique mais malgré tout, je me disais en voyant ces gens dans les rues : là il se passe quand même quelque chose qui est vivifiant.

Puisque tu parlais de l’importance du sens de la narration et du récit en politique, que penses-tu de la perspective d’une Grèce évacuée de l’UE, alors qu’elle représente justement le berceau culturel, narratif voire mythique de l’Europe ?

Je vais peut-être résumer ça de façon un peu rapide et sans doute imparfaite mais j’ai l’impression qu’il y a deux Europes. Il y en a une plutôt « latine » on va dire mais je ne voudrais pas être trop rapide en disant ça parce que je sais que c’est moins simple et je ne voudrais surtout pas être méprisant vis-à-vis de nos amis de culture plutôt germanique ou anglo-saxonne. Mais il y a un Europe latine pour qui effectivement des valeurs narratives et symboliques comptent énormément et une autre Europe qui est plus du côté du chiffre. C’est grossièrement résumé mais l’idée est là. Je pense qu’à un moment donné c’est ce qui se passe avec ce décrochage grec qu’on impute à des problèmes économiques qui sont réels mais je pense que, plus profondément, il y a un problème aussi qui est lié à la façon d’envisager le monde et l’existence. C’est difficile de l’inventer mais c’est sûr qui manque à cette Europe sa part narrative, qu’elle avait au début puisqu’elle était là pour réconcilier des peuples qui s’étaient fait la guerre pendant longtemps et ça a rendu cette idée d’Union européenne très populaire pendant de nombreuses années mais, depuis 15-20 ans, on a oublié que l’Europe avait été faite pour ça et elle manque de récit et elle manque de symboles. Après je pense bien que les communicants vont arriver et vont plaquer un récit tout fait là-dessus. C’est ça qui est difficile à notre époque : échapper à un récit qui serait artificiel et qui serait plutôt une sorte de com’.

Mais ces récits et ces symboles, est-ce qu’on ne les trouve pas dans les extrêmes actuellement ?

C’est assez juste ce que tu dis là et c’est là où cette histoire de symboles et de récits est un peu glissante. Il faut faire attention car effectivement, les récits les plus entraînants sont aussi les plus tragiques du XXème siècle. Mais je pense que malgré tout, on peut trouver des voies qui ne conduisent pas forcément au chaos. Mais c’est glissant, je l’admets, car il y tout à coup un basculement dans l’irrationnel. Le précipice n’est pas loin.
C’est la difficulté de l’exercice c’est certain : entre cette espèce de rationalité froide et comptable de l’Union et effectivement le récit où tu emportes ton peuple. Il doit y avoir une voie quand même… pas évidente cependant (rires). Mais tu as raison de souligner ça. C’est que le récit et le symbole peuvent vite entraîner vers la tragédie.

D’ailleurs, pour en revenir à Gaz de France, la perspective d’un soutien russe et chinois évoquée dans le film s’écarte complètement de la parole dominante actuelle en Europe et elle peut rappeler les affinités que peut avoir le Front National ou d’autres partis d’extrême droite avec la Russie. D’où vient cette idée ?

(Rires) C’est très marrant que tu dises ça parce que déjà tu es très attentif, c’est un détail d’un dialogue du film. C’est simplement que je voulais trouver des arguments de poids et donc imaginer deux pays importants, en tout cas deux armées importantes qui se seraient associées à la France dans son combat. Mais peut-être que ça m’a échappé inconsciemment… Pourquoi est-ce que j’ai choisi ça plutôt que de dire que ce sont les Américains qui ont tout de suite suivi ? Simplement parce que la Russie et la Chine sont véritablement une altérité au système des banques. Les Américains, ça aurait paru bien moins crédible (rires).

L’image des opposants au président Bird qui portent tous des masques d’oiseaux et qui sifflent est assez forte. Elle évoque instantanément les whistleblowers (les lanceurs d’alerte)…

C’est des métaphores qui sont dans l’air… C’est comme « tweeter ». Des gens me parlent de ça alors que je n’avais pas fait gaffe que « tweeter » signifie « siffler ». L’idée des masques d’oiseaux c’est aussi parce qu’en France on a eu l’histoire des « bonnets rouges » qui étaient plutôt réactionnaires ou en tout cas très anti-Europe. Moi, il me fallait une solution de mise en scène qui soit attrayante et qui ne soit pas juste des gens qui protestent. Quand on n’a pas beaucoup de moyens ça ne marche jamais très bien si on a que cinq types qui lèvent le poing. Donc je voulais trouver un moyen de mise en scène assez symbolique avec des gens qui se contentent de mettre des masques d’oiseau et de siffler, aussi parce que le président s’appelle Bird. On entend d’ailleurs à un moment un commentateur qui dit que ce sont des gens qui ne font que siffler pour « opposer le vide au néant ».

Film Exposure_Gaz de France3Comment s’est fait le choix de Philippe Katerine pour interpréter le président ?

C’est une rencontre que j’ai faite suite à la sortie de mon premier film, Réussir sa vie, où j’avais eu le bonheur de découvrir dans la presse que Philippe Katerine avait vu le film et qu’il le conseillait. Moi j’étais un grand admirateur de son travail depuis des années, on s’est rencontré et puis on est devenu amis. Ensuite, au fur et à mesure que le tournage de mon film s’approchait je me suis mis à vraiment réfléchir sérieusement avec qui j’allais travailler. Et l’idée de Philippe en président de la République chanteur m’a paru assez bonne. Lui a également toujours beaucoup d’attention pour le contexte politique français donc je pense qu’il était la personne idéale.

On se souvient de sa chanson sur Marine Le Pen…

Oui, qui était tout à fait étonnante et qui mettait déjà en tête l’idée que la politique et les rêves pouvaient s’interpénétrer.

Les ressors comiques de Gaz de France reposent beaucoup sur la retenue, les silences… Comment travailles-tu les dialogues et la mise en scène pour tenter de faire rire les spectateurs ?

Ça tu sais, c’est une question par rapport au statut de comédie de mon film. C’est quelque chose qui peut troubler car on se demande si c’est une comédie ou pas, ou à quel niveau. En fait c’est très simple, c’est juste que j’aime bien une certaine dose d’étrangeté dans l’humour. J’aime bien qu’on ne sache pas si c’est drôle ou pas, ce genre de choses… Donc je ne vise pas une efficacité burlesque, je préfère un tempo plus particulier. Peut-être qu’un jour, ça pourrait être un projet véritablement intéressant de faire une comédie qui aurait pour objectif de vraiment faire rire, ça ne me déplairait pas. Encore que, tu vois, je fais des émissions TV où là justement c’est plus débridé et plus ouvertement comique parce que tout simplement, sans être méprisant envers la comédie, quand je me dis que je vais faire un film, je sais à quel point la télévision et internet regorgent de choses qui sont du rire et souvent du rire bien fait donc j’ai envie de faire autre chose. Pour le cinéma j’ai envie d’aller vers quelque chose qui peut être drôle et qui soit spirituel, qui soit bon mais je me dis que ce n’est peut-être pas une nécessité dans le cinéma d’apporter encore du rire alors qu’il est déjà très présent. Pour moi ce n’est pas une nécessité de faire un film comique en plus.

Toi qui as réalisé des courts métrages commandés par Canal+, comment te situes-tu par rapport à « l’esprit Canal » et à son évolution ?

Je crois que ce qui a été appelé « l’esprit Canal » a été quelque chose d’important… C’était il y a 20 ans. Après c’est devenu une sorte de franchise qui m’a assez peu intéressé. En fait c’est très simple, dans ce qu’on appelle « l’esprit Canal » à la base il y a à boire et à manger. Moi ce qui m’a toujours intéressé dans l’humour c’est quand il y a un risque, quand on ne sent pas l’ambition de devenir un acteur bankable… ce que j’ai par la suite souvent observé ou ressenti chez ces fameux détenteurs de l’humour Canal. Pour moi les choses vraiment bonnes c’est Edouard Baer et Ariel Wizman au début des années 90, Chris Esquerre aujourd’hui, parce que là il y a vraiment quelque chose d’un humour qui est un peu limite, qui n’est pas dans la déconne, qui ne relève pas de la blague de bureau, chose qui ne m’intéresse pas du tout. Chacun son truc. Mais aujourd’hui, sur le net tu vas avoir des gens qui sont déjà dans une espèce « d’esprit Canal » et dont les sketchs visent déjà à être embauché au Grand Journal pour pouvoir devenir demain des gens qui feront des comédies épouvantables.

Ce qui a d’ailleurs été le cas de certains YouTubeurs qui ont ensuite été engagés par la chaîne…

Voilà exactement. Mais par ailleurs on trouve aussi sur le net des gens qui font des trucs que j’adore comme Sacha Béhar & Augustin. Eux me paraissent des gens qui prennent des risques et qui ne sont pas dans une idée de se placer, enfin j’ai l’impression, peut-être que l’année prochaine ils sont au Grand Journal (rires). Cette idée de se placer déteint forcément sur l’humour. Pour moi l’humoriste idéal c’est Andy Kaufman, ou Tim and Eric qui ont un humour étrange. On n’est pas là pour la déconne, on est là pour quelque chose de plus poétique en fait !

Film Exposure_Forgeard

Et dans ce contexte, qu’as-tu pensé de l’affaire Dieudonné ?

Pendant longtemps j’ai suivi ses spectacles. Je le trouvais vraiment très intéressant jusqu’en 2004-2005, enfin à partir du moment où ça a commencé à partir en vrille. Après le truc, c’est que je trouve le type extrêmement talentueux mais il y a des moments où tu sens qu’il a basculé dans un truc où il est obsessionnel, il prend une revanche et ça devient amer. Et surtout il y a une sorte de connivence avec son public qui n’est pas franchement intéressante. Moi j’aime bien l’idée qu’un artiste mette toujours en porte-à-faux son propre public… Donc si Dieudonné était vraiment subversif, son propre public antisémite qui vient pour entendre des trucs antisémites il le mettrait en porte-à-faux. Je n’ai pas l’impression qu’il le fasse. Au contraire… C’est ça qui est décevant. Et d’autant plus décevant que ce type a été le premier à mettre le doigt sur des trucs communautaires qui étaient intéressants.
François Rollin en ce moment fait aussi quelque chose d’assez intéressant et je le rejoins quand il dit qu’un comique est là aussi pour mettre le doigt sur des choses qui font un peu mal et pas uniquement pour faire des vannes dans le fond, ce qu’est souvent le comique… Dieudonné aurait pu être quelqu’un d’extrêmement bon dans la réflexion que la société française doit avoir mais il a malheureusement basculé dans un truc qui n’a pas d’intérêt.

Pour finir, quel pronostic pour la présidentielle de 2017 ?

Eh bien, tu sais que mon film, pour ceux qui sauront le décrypter, défend une thèse, un pronostic. Puisque Gaz de France est censé se passer en 2023 et qu’on voit la succession des portraits des présidents de la République… Et on sait que Bird vient d’être élu en 2022, ce qui signifierait qu’en 2017 François Hollande est réélu (rires).

Est-ce juste un pronostic ou un espoir ?

Ça c’est vraiment une bonne question… Écoute… C’est un pronostic parce que je pense l’homme plus malin et je pense qu’il va finir mieux qu’il n’était parti, ce qui ne sera pas difficile cela dit (rires). Et c’est un peu un espoir aussi parce qu’en fait je pense que le contexte en 2017 va être un peu explosif en France. Le scénario sordide d’un second tour Sarko-Le Pen serait quand même terrible. Donc oui c’est quand même un peu un espoir même si l’espoir véritable ce serait qu’il y ait un renouvellement…

Poursuivez la lecture avec notre analyse thématique de Gaz de France.

Un grand merci à Mylène D’Aloia à toute l’équipe du NIFFF et à Fred Ambroisine pour les photos.

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