Film Exposure_La France Interdite BO6Lorsque le compositeur André Georget parle du film La France Interdite, trente ans après en avoir composé la musique, il admet ne jamais l’avoir vu, ou du moins ne pas s’en souvenir. Indéniablement, ce pseudo-documentaire « mondo » n’aura pas marqué les esprits par la qualité de ses images ni par la pertinence de son discours et encore moins par l’honnêteté de sa démarche, comme tout « mondo film » qui se « respecte » (lire notre article sur le film). Aujourd’hui, si l’on se souvient encore de La France Interdite, c’est essentiellement pour sa bande originale au délirant mélange d’influences, sorte de capsule temporelle qui nous renvoie au cœur des années 1980, entre ringardise et tubes indémodables.


« L’amour de la musique mène toujours à la musique de l’amour. » ― Jacques Prévert

La France Interdite représente le point de convergence improbable entre le sommet de la vulgarité cinématographique et des grands noms de la variété françaises tels que Gilbert Montagné (au piano et aux synthétiseurs), Joe Hammer (batteur pour Daniel Balavoine et Jean-Michel Jarre) ou encore Marc Chantereau (membre de Voyage, ici aux percussions). Tout ce beau monde se voit dirigé par André Georget (auteur et arrangeur pour Alain Bashung, Françoise Hard ou encore Eddy Mitchell) au service de la bande originale de ce « mondo » sur les coulisses d’une France « insolite et mystérieuse où les perversions sexuelles, l’étrange et parfois la violence sévissent sans tabou ni inhibition ». À la lecture des quinze titres – pour le moins évocateurs – qui composent la galette, on se demande comment, sur la base de quel malentendu, ces noms se sont retrouvés aux commandes de la B.O.

La très entraînante, et tout aussi kitsch, ‘‘Intro Peep Show’’ au rythme entêtant dicté par quatre accords au synthétiseur, dont l’exubérante répétition se voit uniquement interrompue par deux solos de guitare électrique, rappelle instantanément certains classiques de l’époque, ‘‘Scarface (Push It To The Limit)’’ de Pete Bellotte en tête. Le titre s’adapte parfaitement à la dimension « documentaire » du film tant on l’imagine être utilisé pour le générique d’une émission d’investigation des années 1980 (on ne sera d’ailleurs pas surpris de trouver des sonorités semblables dans le titre sur lequel s’ouvre la web série Hellvetia).

Le synthé cède ensuite sa place à une basse impétueuse, aussi ronde que virile, pour ‘‘Sad Homo’’, titre musclé bercé par un saxophone avant que le score ne prenne un virage langoureux avec ‘‘Girls’’, morceau aux lointains échos de Joe Cocker, parfait pour accompagner une séance de dénudage. Après le furibond ‘‘Smurf’’, presque intégralement composé de percussions, ‘‘Trav 1’’ et ‘‘Trav 2’’, deux titres d’ambiance jazzy, nous sautons directement sur ‘‘Mode Sexe’’, qui, avec son saxophone alangui, semble expressément composé pour des pellicules érotiques. Une ambiance qu’Harold Faltermeyer, icône de la synthpop des années 1980 dans laquelle baignent certains titres de La France Interdite, s’est d’ailleurs amusé à pasticher dans sa musique composée pour le jeu vidéo Jack Orlando : A Cinematic Adventure, comme en témoigne le ‘‘Main theme’’.

Vient alors le funk tubesque de ‘‘Muscles’’, composition la plus dansante de la bande originale qui n’est pas sans rappeler les titres emblématiques du dernier album des Daft Punk. La comparaison avec le duo français se voit encore renforcée par l’ombre de Giorgio Moroder qui plane sur l’ensemble de la musique de La France Interdite. Au funk succède l’ambient de ‘‘Coke’’ et ‘‘Carcassone’’, qui contiennent en germe le thème principal qui sera repris à la sauce synthpop galopante dans l’excellent et très moroderien ‘‘France Interdite (Instrumental)’’ qui clôt l’album de la plus belle des manières après trois expérimentations : les tribalo-païennes ‘‘Messe Noire (Gong)’’ et ‘‘Messe Noire’’ suivies de la dissonante ‘‘Collection de Voitures’’.

Cocktail de tout ce qui fait le charme – et donc, dans un même temps, le kitsch – des années 1980, la bande originale de La France Interdite parvient à illustrer, par le son, une multitude d’expressions érotiques. Tantôt doucement sensuelles (‘‘Peep Show’’), tantôt froidement, ou tristement, sexuelles (‘‘Sad Homo’’), les compositions d’André Georget parviennent à saisir la complexité et la liberté qui se dévoile dans cette France Interdite. Ici, « ni enfer, ni paradis, des gens qui vont jusqu’au bout, au-delà des limites. » Le bien nommé label genevois We Release Whatever The Fuck We Want Records ne s’est pas trompé en choisissant ce score comme première sortie. Notons que si le vinyle, limité à 300 exemplaires et accompagné d’un single 45 tours avec une la face B directement tirée du film (VHS rip!) et sur laquelle on retrouve la voix-off magique du narrateur Christian Barbier, est d’ores et déjà épuisé (une poignée de copies sont encore disponibles sur Discogs), le label propose l’intégralité de l’album en téléchargement sur son site.

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