Film Exposure_Le Tout Nouveau Testament AfficheEn 2010, lorsque sortait Mr. Nobody, son réalisateur Jaco van Dormael annonçait l’aboutissement de dix années de travail dont sept d’écriture. Vendu par son auteur comme une « œuvre complexe » aux multiples questionnements philosophiques, nous étions en droit d’attendre du film un minimum d’intérêt métaphysique. Pourtant, la montagne accoucha d’une souris. Loin d’être le choc existentiel annoncé, Mr. Nobody s’est avéré être d’une effarante bêtise et s’est immédiatement imposé comme nouvel étalon de la philosophie de comptoir dans un gloubi-boulga prétentieux. Cinq ans après, Jaco van Dormael s’attaque aux Saintes Écritures sur le ton de la farce avec Le Tout Nouveau Testament.


« Dieu existe. Il habite à Bruxelles » nous informe l’affiche du Tout Nouveau Testament. Nous voilà donc dans son appartement, à Dieu. Il fume, il boit, il crie. Beaucoup. À force de se faire violenter, sa fille de dix ans, Ea, décide de prendre la tangente. Mais avant de s’enfuir, elle joue un mauvais tour à son père en piratant son super ordinateur (qui lui permet de malmener l’humanité). Pour se venger, Ea envoie par SMS les dates de décès de tout le monde. Ainsi, chaque humain reçoit sur son téléphone un message lui indiquant le jour et l’heure exacts de sa mort. La jeune fille part alors à la recherche de six nouveaux apôtres, choisis au hasard. Pour raconter son histoire, et écrire le « Tout Nouveau Testament », Ea recrute un clochard qui la suivra et tentera de retranscrire le périple terrestre de la petite sœur de Jésus.

Pour Jaco van Dormael, il était pratiquement impossible de faire pire que Mr. Nobody. Avec ce nouveau film, le cinéaste ne parvient toutefois pas à faire mieux. Terriblement contemporain dans sa manière de désacraliser la figure divine pour s’en moquer facilement, Le Tout Nouveau Testament s’avère paradoxalement ringard à mourir. Avec sa poésie bricolée à l’aide d’anecdotes infantiles et ses métaphores faussement naïves mais véritablement ridicules, le film court après le succès du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain et nous renvoie quinze ans en arrière ; en témoigne le rôle caricatural dans lequel le réalisateur enferme la pauvre Yolande Moreau. Cet imaginaire de bouts de ficelle façon Jeunet et Gondry pourrait encore passer, s’il n’était pas assorti à un jeu maladroit avec les symboles qu’il est censé dénoncer. Par exemple, Jaco van Dormael ne parvient pas à définir le profil exact de son « Dieu », tantôt omnipotent, tantôt impuissant ; tout dépend des nécessités scénaristiques. Ce traitement aléatoire trahit l’incapacité du réalisateur et scénariste à gérer (voire à tout simplement à comprendre) la figure du démiurge. L’essentiel est que le public se gausse de ce Dieu réduit à la médiocrité incarnée et se réjouisse de voir des hommes enceinte ou remplacés par des animaux et des petits garçons rêver de changer de sexe. De fait, l’ensemble des détournements des figures sacrées ont la pertinence du jeu sur le nombre d’apôtres. Car oui, si le nombre d’apôtres de Jésus s’élève à douze, van Dormael nous explique que c’est parce que Dieu est un fan de hockey, sport qui voit s’affronter douze joueurs sur la glace. Et si Ea souhaite trouver six nouveaux apôtres, c’est parce que, tenez-vous bien, additionnés aux douze originaux, ces six feront un total de dix-huit, soit le nombre de joueurs sur la pelouse au baseball, sport préféré de sa mère. Et nous sommes censés rire.

Alors qu’il prétend porter un regard bienveillant sur les plus démunis, le cinéaste résume ces derniers à des clichés méprisants. Chez Dormael, la bourgeoise s’ennuie dans ses appartements de luxe, les clochards sont illettrés et les Belges « ordinaires » vont se satisfaire dans des cabines de peep-show. Le tout est servi avec une dose de misérabilisme écœurant, à l’image de la séquence où chaque individu apprend la date de son décès, soulignée à grand renfort de musique classique et de regards caméra, avec la larme qui coule, s’il vous plaît. Comme si cela ne suffisait pas, le cinéaste enfonce encore plus le clou grâce à son atout émotionnel depuis Le Huitième jour : l’agonie d’un handicapé mental.

Aux côtés de Yolande Moreau, le reste du casting ne s’en sort pas mieux. Entre un Benoît Poelvoorde qui se contente d’hurler à chacune de ses apparitions et une Catherine Deneuve qui tente de nous faire croire qu’elle tombe amoureuse d’un gorille (c’est l’effet Holy Motors), c’est finalement la jeune Pili Groyne (déjà vue dans Deux jours, une nuit des frères Dardenne et Alleluia de Fabrice Du Welz) qui livre la meilleure prestation.

En définitive, le seul miracle de ce Tout Nouveau Testament est de parvenir à surpasser la niaiserie de la réplique « culte » de Forest Gump. Ici, la vie n’est pas une boîte de chocolat mais une patinoire, parce qu’il y a « beaucoup de gens qui tombent ». En ce qui nous concerne, la seule chose que nous voyons chuter, c’est le niveau de la filmographie de Jaco van Dormael, toujours plus affligeante.Film Exposure_Le Tout Nouveau Testament 4

LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT
Réalisé par Jaco van Dormael
Avec Benoît Poelvoorde, Catherine Deneuve, François Damiens, Yolande Moreau et Pili Groyne
Frenetic
Sortie le 2 septembre 2015

4 commentaires »

  1. En ce qui concerne Deneuve et son gorille, je pense que la référence se trouve plutôt du côté de « Max mon amour » (1986) de Nagisa Oshima que d' »Holy Motors », notamment avec le parallèle Deneuve/Rampling. J’écris « référence », mais je veux dire « pâle copie », car la niaiserie et la nullité de cette partie de l’intrigue n’arrive jamais à la cheville de l’ironie et de l’esprit critique dont fait preuve Oshima dans son film.

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