Présenté en compétition internationale au Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF), Sanguine marque les débuts au long-métrage de Marion Le Corroller. Entre satire sociale, body horror et humour noir, la […]
Présenté en compétition internationale au Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF), Sanguine marque les débuts au long-métrage de Marion Le Corroller. Entre satire sociale, body horror et humour noir, la cinéaste transforme le burn-out en cauchemar organique, suivant une jeune médecin dont le corps commence littéralement à se décomposer sous la pression du travail. Porté par Mara Taquin, le film s’inscrit dans le renouveau du cinéma de genre français tout en revendiquant une tonalité plus jubilatoire que démonstrative. Nous avons rencontré Marion Le Corroller et son actrice principale pour évoquer la genèse du projet, leur rapport au body horror, la représentation du corps féminin au cinéma et la manière dont le genre peut devenir un puissant outil politique.
Votre première projection a eu lieu à Cannes, en séance de minuit. Comment avez-vous vécu cette séance ?
Marion Le Corroller : C’était une séance incroyable. Déjà parce qu’il y avait 2’300 personnes dans la salle, mais aussi parce que c’était la toute première fois que nous montrions le film. Vivre cette projection avec le public était extrêmement enthousiasmant. J’ai surtout senti une immense bienveillance. On a été beaucoup encouragé, énormément applaudi. Bien sûr, c’est toujours très stressant de montrer son film pour la première fois : on se demande constamment comment les gens vont réagir. Mais au final, j’ai vraiment ressenti un très bel accueil, beaucoup d’enthousiasme et de soutien.
Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est que beaucoup de jeunes sont venus nous attendre à la sortie du Palais des Festivals pour nous féliciter et nous remercier. Ils nous disaient qu’ils s’étaient reconnus dans le portrait que le film dresse de leur génération. C’est un souvenir formidable.
Mara Taquin : Rien que le fait d’être sélectionnées à Cannes avec un premier film est déjà extraordinaire. J’étais surtout heureuse pour Marion, pour toute l’équipe et pour le travail que nous avions fourni. Une sélection à Cannes donne une visibilité précieuse à un film aujourd’hui.
Et puis, avant même que la projection ne commence, le public applaudissait déjà, criait. On sentait une vraie curiosité autour du film. Ensuite, les retours ont été très positifs. Ça nous donne beaucoup d’énergie pour continuer à défendre le film et à le présenter.
Vous dites que beaucoup de jeunes se sont reconnus dans le film. Dans quelle mesure avez-vous l’impression qu’il s’agit d’un véritable film générationnel ?
Marion Le Corroller : J’ai vraiment le sentiment que la question du rapport au travail est aujourd’hui centrale pour les jeunes générations. On en parle énormément dans les médias, sur les réseaux sociaux, partout. On assiste presque à un affrontement entre deux visions du monde. D’un côté, une génération plus ancienne qui dit : « La Gen Z ne veut plus travailler, elle est paresseuse. » De l’autre, des jeunes qui répondent : « Non, nous voulons travailler, mais avec des limites. Nous voulons aussi avoir une vie personnelle. » J’ai l’impression qu’ils acceptent beaucoup moins facilement ce que notre génération a accepté lorsqu’elle est entrée sur le marché du travail : entendre qu’il fallait « faire ses preuves », accepter des horaires interminables pour des salaires dérisoires, parce que « c’est le métier qui rentre ». Autour de moi, je vois aussi des jeunes qui réfléchissent beaucoup au sens qu’ils veulent donner à leur travail. Ils sont plus politisés sur les questions sociales ou écologiques. Ils s’interrogent sur les entreprises dans lesquelles ils souhaitent travailler : est-ce qu’elles respectent l’environnement ? Est-ce qu’elles garantissent l’égalité salariale ? Toutes ces questions deviennent déterminantes dans leurs choix professionnels. J’ai le sentiment que ce n’était pas aussi présent lorsque nous sommes arrivés sur le marché du travail.
Le projet s’inspire en partie de votre propre expérience dans la finance. Pourquoi avoir finalement choisi de situer l’histoire dans un hôpital plutôt que dans ce milieu ?
Marion Le Corroller : Il y avait plusieurs raisons. D’abord, je trouvais intéressant de montrer que l’hôpital public est aujourd’hui géré comme une grande entreprise du CAC 40. On y applique des méthodes de management issues du secteur privé, notamment du lean management développé chez Toyota. Les chefs de service doivent remplir des tableaux Excel, atteindre des objectifs, équilibrer leurs comptes, produire davantage… On leur demande constamment de faire du chiffre. Je trouve qu’il y a quelque chose de profondément paradoxal à appliquer cette logique de rentabilité à un lieu qui devrait être entièrement consacré aux soins.
Ensuite, je voulais que mon personnage soit totalement démuni face à ce qui lui arrive. Il fallait qu’il soit médecin pour qu’elle possède les connaissances nécessaires, tout en étant incapable de comprendre ce qui lui arrive. Cette contradiction me semblait particulièrement intéressante.
Le film s’inscrit forcément dans une période où le body horror féminin connaît un nouvel essor, avec des films comme Grave ou The Substance. Pourtant, j’ai eu l’impression que votre approche était beaucoup plus jubilatoire, plus drôle aussi. Vous assumez totalement la dimension littérale de votre métaphore : le travail nous ronge, donc le corps est rongé lui aussi. Comment situez-vous votre film par rapport à cette nouvelle mouvance ?
Marion Le Corroller : Je pense qu’il est important de dire qu’il y a de la place pour toutes les réalisatrices qui font du body horror, sans que nous soyons constamment comparées les unes aux autres. Nous avons chacune notre univers, nos obsessions et notre manière de raconter les choses. Personnellement, j’aime énormément l’humour, en particulier l’humour noir. J’avais envie que le film mélange constamment le gore et le comique, parce que je crois que cela permet aussi au spectateur d’encaisser toute l’horreur qu’on lui montre. Je voulais également que le film reste au second degré. Je ne crois pas que le cinéma de genre doive absolument être très intellectuel ou très sérieux. Pour moi, un film de genre est avant tout un film jubilatoire, dans lequel on prend du plaisir, où l’on peut rire, où les émotions débordent. Oui, les curseurs sont poussés à fond dans Sanguine. Tout est excessif, et c’était complètement assumé.
Mara Taquin : Le genre a aussi quelque chose d’exorcisant. Il permet de rire de situations extrêmement violentes, de rendre visible, de manière littérale, ce qu’un corps peut traverser lorsqu’on le pousse trop loin. Et puis, il faut le dire : on a énormément ri pendant le tournage.
Le scénario est d’ailleurs coécrit avec Thomas Poujol, qui vient plutôt de la comédie. Comment s’est construite votre collaboration ?
Marion Le Corroller : Je pense qu’il a beaucoup apporté à cette dimension comique du film. Il est arrivé très tôt dans le processus d’écriture. J’avais rencontré plusieurs scénaristes, mais quand Thomas me parlait du projet, j’avais vraiment l’impression qu’il parlait la même langue que moi. Ensuite, notre méthode de travail était très simple : on écrivait ensemble, on se répartissait les scènes, puis on les relisait et les corrigeait mutuellement. Thomas a un sens du rythme que j’apprécie énormément. Pour moi, c’est fondamental. Je m’ennuie très vite devant un film si le rythme retombe. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que je travaille depuis longtemps avec mon monteur, Jérôme Eltabet, qui a monté tous mes courts métrages ainsi que The Substance. J’aime cette façon de faire des films qui avancent sans cesse, qui pulsent. C’est le cinéma que j’aime.
Le film démarre très fort, avec cette scène du diner qui donne immédiatement le ton. Comment avez-vous pensé cette ouverture ?
Marion Le Corroller : Je voulais que le spectateur ait l’impression de monter dans des montagnes russes. Dès le départ, je voulais lui dire : « Attache ta ceinture, tu vas passer une heure et demie à faire des grands huit. »
Pour moi, les cinq premières minutes sont décisives. C’est à ce moment-là que je sais si j’ai envie de continuer à regarder un film ou non. Cette scène devait donc contenir tout ce qui allait suivre : le rythme, l’énergie, l’humour, le gore… Une sorte de condensé du film, capable de donner immédiatement envie de rester.
Mara, lorsque vous avez reçu le scénario, comment avez-vous réagi ? C’est un rôle particulièrement exigeant pour une actrice, on imagine qu’on ne s’y embarque pas sans une certaine appréhension.
Mara Taquin : Au contraire, c’est exactement le genre de proposition qu’on rêve de recevoir. Dans ce métier, on espère justement tomber sur des rôles auxquels on ne s’attend pas. Mais il y avait une dimension très personnelle. Je sortais moi-même d’un burn-out qui avait duré un an. Quand j’ai lu le scénario, je me suis dit : « C’est trop beau pour être vrai. » Je n’osais même pas imaginer que je puisse obtenir ce rôle, parce que je ne voulais pas être déçue. Quand on m’a rappelée pour un deuxième tour de casting, je me suis dit qu’il fallait tout donner. C’était une occasion beaucoup trop rare. Et en traversant le scénario, je me suis rendu compte de tout ce qu’il y avait à jouer. Pour une actrice, c’est un luxe incroyable. J’ajouterais aussi que les scènes du casting étaient finalement très réalistes. On pourrait croire, en lisant le scénario, que tout repose sur le body horror, mais lorsque j’ai rencontré Marion et Laure Cochener, la directrice de casting, on a surtout travaillé le jeu. Je me suis dit que j’allais évidemment vivre une expérience physique très forte, mais aussi pouvoir explorer énormément de choses en tant qu’actrice. C’était cette combinaison qui me séduisait.
Comment avez-vous travaillé tout l’aspect des effets spéciaux, des prothèses et des transformations physiques ?
Marion Le Corroller : J’ai travaillé avec Pierre-Olivier Persin. Nous avons commencé par une longue phase de recherche. Nous avons ouvert des livres de médecine, étudié différentes maladies de peau, observé des textures, des couleurs, des formes. Je lui montrais ce qui m’intéressait : une couleur ici, une forme là. Ensuite, Pierre-Olivier dessinait des prototypes de la mutation. Nous les corrigions, nous ajoutions des veines, des vaisseaux, de la porosité… jusqu’à obtenir quelque chose de totalement singulier.
Mara Taquin : Il fallait les voir tous les deux… C’étaient vraiment deux savants fous qui s’étaient trouvés ! Nous, on les regardait discuter avec une passion incroyable de la couleur d’une veine ou de la texture d’une peau. C’était assez fascinant.
Marion Le Corroller : Pierre-Olivier est un véritable sculpteur. Il travaille la matière avec une précision incroyable. Pour moi, c’est un artiste. C’était passionnant de le voir créer cette mutation dans les moindres détails.
Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre des maladies réelles et quelque chose qui relève davantage du fantastique ?
Marion : Nous sommes partis de pathologies existantes, comme l’hémochromatose, le vitiligo ou d’autres maladies dermatologiques. Puis nous nous en sommes progressivement éloignés. Je voulais que le spectateur reconnaisse d’abord quelque chose de familier avant que la transformation ne bascule progressivement vers quelque chose d’inconnu. C’est cette évolution qui crée le trouble.
Vous utilisez beaucoup le grand-angle pour filmer l’hôpital. Pourquoi ce choix ?
Marion : Je voulais que l’hôpital devienne un personnage à part entière, presque un monstre. Tous les décors ont été pensés comme si nous étions dans le ventre d’une créature. Les couloirs sont rouges, labyrinthiques. Le grand-angle permet justement de perdre le personnage dans cet environnement gigantesque, oppressant, comme s’il essayait de survivre à l’intérieur d’un organisme vivant.
Vous dites souvent que, pour vous, le cinéma de genre ne doit pas forcément être très intellectuel. Pourtant, parmi vos influences, vous citez régulièrement Yorgos Lanthimos ou Ari Aster, qui sont des cinéastes dont le travail est aussi très conceptuel. Comment conciliez-vous ces deux approches ?
Marion Le Corroller : Ça dépend beaucoup des films. Si on prend Hérédité ou Midsommar d’Ari Aster, je trouve que ce sont des œuvres très accessibles, très jubilatoires. En revanche, Beau Is Afraid est clairement un film beaucoup plus destiné à des initiés. Quant à Eddington, il est beaucoup plus politique.
Pour Yorgos Lanthimos, c’est la même chose. La Favorite ou The Lobster restent très accessibles. En revanche, Canine ou Bugonia relèvent davantage de la démonstration intellectuelle et s’éloignent d’un public qui vient avant tout chercher une expérience de cinéma de genre.
À l’inverse, je trouve qu’un film de genre qui ne serait que du genre, sans aucun propos derrière, finit aussi par s’essouffler. Il faut trouver un équilibre : raconter quelque chose de politique ou de social tout en proposant une expérience de cinéma qui reste ludique, spectaculaire et accessible.
Est-ce que cela signifie que, pour vous, le cinéma de genre doit nécessairement porter un propos politique ? Ou peut-il parfois faire émerger ce discours presque malgré lui. Je pense par exemple à Halloween de John Carpenter.
Marion Le Corroller : Je pense que même chez Carpenter, le propos est là dès le départ. Si on prend Halloween, il y a déjà une réflexion sur l’ostracisation, sur l’isolement, sur la manière dont une société fabrique ses propres monstres. Pour moi, cette dimension politique est à la base du projet. Ensuite, il cherche simplement la meilleure manière de raconter cette idée de façon ludique, spectaculaire et jouissive. Je crois donc que le point de départ est toujours politique.
Mara Taquin : C’est une question que je me pose aussi. Je suis d’accord avec l’idée qu’un film de genre gratuit n’a pas beaucoup de sens. Il faut une métaphore, quelque chose qui justifie cette violence ou cette transformation. En revanche, je me demande si ce propos doit forcément être politique. Est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer un film de genre qui parle simplement d’une histoire d’amour, par exemple, sans discours politique explicite ?
Marion Le Corroller : Pour moi, non. Je pense que le cinéma de genre gagne toujours à porter un regard politique sur le monde. Montrer de la violence gratuitement ne m’intéresse pas.
Mara, quel était votre rapport au cinéma de genre avant ce film ? Est-ce que c’est un univers que vous connaissiez déjà ?
Mara Taquin : J’en avais vu sans vraiment me dire que c’était du cinéma de genre. J’ai beaucoup de mal avec les catégories. Je n’aime pas qu’on oppose les films populaires aux films d’auteur, ou qu’on enferme les œuvres dans des cases. Chaque film possède sa propre identité. En y repensant, je me suis rendu compte que j’avais vu beaucoup de films de genre sans les considérer comme tels. J’avais adoré Grave, Titane, les films de Yorgos Lanthimos, La Favorite, The Lobster… Mais je ne les regardais pas à travers cette étiquette-là.
Et vous, Marion, qu’est-ce qui vous a amenée plus précisément vers le body horror ?
Marion Le Corroller : Je pense que tout est parti de Cronenberg. J’avais été fascinée par La Mouche.
Puis il y a eu Grave. Je l’ai vu justement pendant mon burn-out. Je me souviens m’être dit : « Une femme a eu le droit de faire ça. C’est incroyable. » Ça m’a énormément libérée. Je me suis dit que si Julia Ducournau avait pu réaliser un film pareil, alors il fallait y aller à mon tour. Ce que j’aime profondément dans le body horror, c’est qu’il permet de montrer des corps féminins qu’on ne voit quasiment jamais au cinéma. Des corps qui se déforment, qui deviennent malades, qui grattent, qui saignent, qui ne cherchent jamais à rester séduisants ou glamour. Lorsque j’ai vu Grave, je me suis rendu compte que cette représentation me manquait énormément.
Le fait que ces films soient réalisés par des femmes change-t-il votre regard sur ces représentations du corps ?
Mara Taquin : Oui, je crois que ça change beaucoup de choses. J’étais jurée à Gérardmer et j’avais vu plusieurs courts-métrages réalisés par des hommes, dont certains relevaient du body horror avec des protagonistes féminines. Sans même connaître l’identité des réalisateurs, quelque chose me gênait. Je trouvais par exemple étrange qu’une femme qui venait de vivre une agression reste filmée de manière très sexualisée, presque glamour.
Plus tard, en découvrant des films réalisés par des femmes, j’ai senti une vraie différence dans la manière dont ces corps étaient regardés. Cela ne signifie évidemment pas qu’un homme ne puisse pas raconter une histoire centrée sur un personnage féminin. Mais cela demande, selon moi, une vigilance particulière. Chaque corps, chaque culture, chaque identité porte une histoire que l’on ne connaît pas forcément lorsqu’on ne l’a pas vécue.
Sur Sanguine, ce qui m’a frappée, c’est que les scènes de nudité n’étaient jamais pensées pour embellir mon corps. Bien sûr, se dénuder reste toujours quelque chose d’intime. Mais Marion ne me demandait jamais d’être belle. Elle me demandait de raconter ce que traversait ce personnage. Toute mon attention pouvait donc se porter sur son expérience plutôt que sur mon apparence.
Justement, en parlant du regard porté sur le corps féminin, The Substance a parfois été accusé d’entretenir une certaine complaisance vis-à-vis de ce qu’il dénonçait. Votre film, au contraire, m’a semblé beaucoup plus frontal dans son discours. Il ne laisse quasiment aucune ambiguïté sur ce qu’il critique.
Marion Le Corroller : Oui, j’ai entendu ces critiques à propos de The Substance. Certains y voyaient presque une punition infligée à une femme qui cherche à rester jeune et belle. Je comprends cette lecture. Mais je crois aussi qu’il faut regarder ce film avec énormément de second degré. C’est parfois la difficulté avec ce type de cinéma : tout le monde n’aborde pas ces images avec la même distance. En tout cas, cela ne m’empêche absolument pas d’adorer The Substance.
Mara Taquin : Je trouve aussi qu’on demande constamment aux femmes d’être obsédées par leur apparence. Et lorsqu’elles le deviennent, on les juge ensuite en disant que c’est ridicule ou pathétique. Quoi qu’elles fassent, elles semblent toujours avoir tort. C’est aussi ce paradoxe que le film met en lumière.
Marion Le Corroller : Il y a des films qui m’ont davantage dérangée. Je pense par exemple à Obsession. En le voyant, je me suis dit qu’on allait encore entretenir l’image de la femme hystérique, possessive, folle. Je me souviens d’ailleurs qu’à la sortie de la projection, deux jeunes hommes disaient : « Elle est complètement tarée, cette meuf ! » Et je me suis dit que ce genre de représentation ne faisait que renforcer des stéréotypes déjà très présents.
Y a-t-il malgré tout des réalisateurs qui, selon vous, filment admirablement les personnages féminins ?
Mara Taquin : Bien sûr, il y en a beaucoup. Je pense simplement qu’il faut avoir conscience de ce qu’on raconte lorsque l’on s’empare d’une expérience qui n’est pas la sienne. C’est valable pour le genre, mais aussi pour les questions culturelles ou raciales. Chaque identité porte une histoire qu’on ne peut pas s’approprier sans réflexion.
Marion Le Corroller : J’aime énormément le travail de Sean Baker. Je trouve qu’il peint des portraits de femmes d’une très grande complexité. J’adore Tangerine, j’adore Anora. Je trouve qu’il regarde ses personnages avec énormément de sensibilité.
La musique joue également un rôle important dans le film. Vous avez choisi une partition beaucoup plus électronique, presque clinique. Pourquoi ce choix ?
Marion Le Corroller : Je ne voulais pourtant pas d’une musique angoissante. Avec Rob, nous avons au contraire essayé de créer quelque chose de très dansant, de très stimulant. L’idée était que le spectateur puisse presque avoir envie de danser pendant une scène où le personnage est couvert de sang ou en train de s’arracher la peau. Cette énergie permet aussi de rendre ces images plus accessibles et de rappeler que le film garde toujours une certaine distance avec ce qu’il montre. Je ne voulais surtout pas que la musique souligne lourdement l’horreur.
Mara Taquin : C’est aussi ce qui me plaît énormément dans le film. Beaucoup de mes amis ne regardent jamais de cinéma de genre et pourtant ils sont entrés dans Sanguine. Bien sûr, certaines scènes sont très dures, mais tout le reste est construit de manière à rendre le film extrêmement accessible. Je trouve que c’est une vraie réussite.
Pourquoi avoir choisi Rob comme compositeur ?
Marion Le Corroller : J’avais adoré son travail sur Maniac, mais aussi sur Revenge de Coralie Fargeat. Je savais que je voulais retrouver ces sonorités dans le film.
Comme avec Pierre-Olivier Persin, j’avais l’impression de travailler avec un autre savant fou. Au début, nous ne parlions pas tout à fait la même langue et nous avons longtemps cherché les bonnes textures sonores. Mais je suis aujourd’hui très heureuse du résultat.
Et la suite ? Resterez-vous dans le cinéma de genre ?
Marion Le Corroller : Oui, complètement. J’ai déjà commencé à écrire le prochain film. Il y aura un peu moins de body horror et davantage de fantastique. Le film sera tourné en partie en français et en partie en anglais. L’histoire se déroulera toujours en France, mais avec un personnage américain. C’est une manière d’ouvrir un peu plus le projet vers l’international.
Entretien effectué en juillet 2026 au NIFFF. Merci à Jean-Yves Gloor et Noémie Schürch
La sortie de Sanguine est prévue pour le 28 octobre 2026