Krampus-posterDu Père Fouettard français, au Jólakötturinn islandais, en passant par le Zwarte Piet néerlandais et la sorcière Befana italienne, les légendes associées à l’envers du décor de Noël ne manquent pas. Se manifestant généralement de début décembre à début janvier selon les coutumes, ces êtres ont pour tâche d’identifier les enfants s’étant mal comportés pour les punir, souvent en leur offrant du charbon à la place de présents, et parfois de manière plus… extrême. Au sommet de la pyramide de ces esprits malins trône sans doute Krampus, qui opère ici un retour en force dans la culture populaire suite à une résurrection progressive commencée il y a quelques années.


Les académiciens, historiens, néo-païens et petits malins le répètent sans arrêt : Noël n’est pas une fête religieuse. La différence entre certains de ces groupes et les autres, c’est qu’une nuance est parfois omise : si la fête de Noël, de la nativité du Christ, s’est effectivement greffée à des événements païens préexistants sous l’Empire Romain pour mieux les absorber (notamment le culte mithraïque de Sol Invictus, la célébration du solstice hivernal des Saturnales, et la fête des sigillaires), elle n’en reste pas moins un événement fortement associé aux valeurs et traditions des cultures chrétiennes.

Après quelques siècles d’importance somme toute mineure dans le calendrier chrétien, la date de Noël se développe dès les années 1840 en Angleterre avec l’apparition du conte A Christmas Carol de Charles Dickens. Celui-ci mêle la récupération théologique à quelques traditions germaniques, et notamment les idées d’abondance de biens ou de nourriture, pour créer, sans jamais tomber dans l’édit religieux sermonnant (c’est un exploit, il faut le souligner), une fête alliant rituels païens et valeurs humanistes chrétiennes.

Krampus-cards

Quelle que soit l’emprise de la religion monothéiste, il semble que l’ombre des entités surnaturelles du paganisme ne s’est jamais totalement effacée, effectuant même une résurgence notable ces dernières décennies dans la culture populaire américaine et européenne. Mais son exploitation tient-elle réellement d’une volonté de réappropriation de traditions oubliées, ou s’agit-il toujours de concilier les souvenirs immortels des superstitions passées à celles du présent ?

Huit ans après son anthologie d’horreur devenue culte Trick’r’Treat, le réalisateur Michael Dougherty (également collaborateur de Bryan Singer aux scénarios de X-Men 2 et Superman Returns) nous revient enfin, cette fois avec un conte pas comme les autres. Dans celui-ci, une famille dysfonctionnelle aux nombreuses animosités se réunit pour les fêtes de fin d’année malgré leur absence totale d’esprit de Noël. Lorsque Max, le jeune garçon de la fratrie, déchire sa lettre au Père Noël après avoir perdu toute foi en lui, des événements étranges et inquiétants commencent à survenir, transformant les célébrations en intense cauchemar. Il paraîtrait même que l’esprit malin tirant les ficelles soit un être implacable de l’ancien temps. Son nom ? Krampus.

Né des régions alpines et danubiennes à une époque qui nous est aujourd’hui inconnue, Krampus remonte peut-être à l’âge pré-chrétien. Considéré comme un écho inévitable des croyances d’antan, cette figure de satyre démoniaque est associée au diable par l’Église, qui tente en vain de faire disparaître la tradition en Autriche, en Hongrie et dans certaines parties de l’Allemagne. Se manifestant lors de la Krampusnacht du 5 décembre (la veille de Saint Nicolas), Krampus kidnappe les enfants polissons et n’hésite pas à les torturer ! Il a récemment pénétré la culture populaire américaine de manière fulgurante et sous diverses formes : dans différents comics (plusieurs romans graphiques, ainsi qu’une série régulière chez Image Comics depuis 2013), à la télévision (dans The Venture Bros., American Dad, Scooby Doo, Grimm) et enfin au cinéma avec Krampus – The Christmas Devil (Jason Hull ; 2014), Krampus: The Reckoning (Robert Conway ; 2015) ou encore l’anthologie menée par William Shatner, A Christmas Horror Story (Grant Harvey, Steve Hoban, Brett Sullivan ; 2015).

Krampus-movies

Les deux premiers, des séries Z flirtant avec le film amateur tourné un week-end sur trois, sont des produits d’exploitation sans valeur. L’on remarquera toutefois que les deux ont choisi des titres directement en lien avec la religion : le « diable de Noël » d’une part et le « jugement dernier » de l’autre, proposant d’abord une sorte de thriller surnaturel dépeignant Santa comme une vieille raclure vociférant ses ordres à un Krampus arthrosé quelque peu porté sur la fesse, et ensuite un drame psychologique dans lequel une enfant se sert de Krampus pour désigner les personnes dont elle veut se venger. Il va sans dire que chacun de ces métrages se révèle être un calvaire de visionnage desservant le personnage à cause de leur facture indéfendable. Notons tout de même que s’ils mentionnent en passant l’origine de la légende, ils l’intègrent sans transition à un environnement américain, comme si l’Amérique avait toujours été une terre de folklore païen.

Il en va de même avec deux des segments de la bien meilleure anthologie A Christmas Horror Story, dans lesquels Krampus est tantôt représenté comme un esprit intangible se manifestant au travers d’hôtes propices à se laisser envahir par la colère et l’incohésion familiale, tantôt comme l’antagoniste ultime du Père Noël avec lequel on l’imagine engagé dans une bataille éternelle pour le salut du bonheur de l’humanité. Bref, ce dont les mythes sont faits.

Le traitement efficace de ces dernier présuppose d’emprunter une approche bien spécifique de leur adaptation :

« L’origine des représentations et rituels liés aux coutumes a tendance à être passée sous silence car celle-ci est susceptible d’empêcher le processus d’identification culturel de se développer, particulièrement au niveau national. Afin de surmonter ces limites, les pratiques ritualistes transnationales doivent se soumettre à un processus de naturalisation à travers le discours populaire, et ainsi devenir pertinentes dans le cadre d’un nouvel héritage national. »
Neil Armstrong, England and German Christmas Festlichkeit, c.1800–1914

Dougherty le comprend fort bien et grave donc la créature folklorique dans la tradition américaine. Si la remarquable séquence en stop-motion du milieu du film éloigne les racines mythologiques de Krampus du continent américain, sa passation au travers de la grand-mère d’origine autrichienne vers sa famille typiquement américaine illustre parfaitement la réappropriation que fait le pays du folklore européen. Cela est d’autant plus pertinent que, comme nous l’avons vu, le mythe de Krampus a ré-émergé dans la culture populaire de masse quasi-exclusivement aux États-Unis, et Dougherty explique la transition par le biais d’une transmission intergénérationnelle englobant les légendes et les peurs. Cette même séquence cache un autre détail d’importance en cela que Krampus est présenté comme étant « plus ancien » que Saint Nicolas lui-même et donc, par implication, que la religion chrétienne également, ce qui distingue encore une fois le film de certains de ses prédécesseurs. Libéré de tout lien avec celle-ci, la figure païenne apparaît comme appartenant au monde, comme faisant partie de sa réalité. Cette force de la nature invoquée par le comportement des hommes, et non à travers la volonté d’une force supérieure, ramène Krampus à un état d’immanence qui vient s’opposer au caractère transcendantal conféré aux événements de la Nativité.

Krampus-monster

Le cinéaste n’oublie pas également de développer sa mythologie au-delà des légendes orales pour mieux l’iconiser. C’est ainsi que, comme précédemment proposé par le somme toute médiocre comic book publié en lien avec le film, Krampus se retrouve accompagné de sa propre armée d’elfes, des reflets maléfiques des lutins du Père Noël. Le vieil homme barbu est clairement interprété comme l’opposé du monstre alpin. John Mundy résume efficacement sa signification en disant de lui qu’il est :

« L’héritier de figures symboliques européennes comprenant Saint Nicolas, le Père Noël et Sinterklaas, le Santa Claus américain est désormais avant tout considéré comme « un symbole de l’abondance matérielle et du plaisir hédoniste ». »
John Mundy, Christmas at the Movies, in Christmas, Ideology, and Popular Culture

La plupart des films d’horreur de Noël travestissent cette figure synonyme de bonheur et de complaisance en faisant du Père Noël l’élément perturbateur, la connue qui devient, par la force du récit, l’inconnue de l’équation. Autant de films comme Terreur dans la nuit (David Hess ; 1980), Cristmas Evil (Lewis Jackson ; 1980), Don’t Open Till Christmas (Edmund Purdom ; 1984), Douce nuit, sanglante nuit (Charles E. Sellier ; 1984), Santa’s Slay (David Steiman ; 2005), le gorefest indé norvégien O’Hellige Jul! (Magne Steinsvoll, Per-Ingvar Tomren ; 2013) ou le très récent All Through the House (Todd Nunes ; 2015), transforment Saint Nicolas en esprit malveillant assassin, et instillent ainsi la terreur en forçant une image inhabituelle sur le personnage. D’autres slashers saisonniers optent pour des tueurs plus neutres, tel celui du classique Black Christmas (Bob Clark ; 1974).

Mais alors, comment interpréter la figure de Krampus dans un tel genre ? En fait, celui-ci se révèle immédiatement singulier car il appartient à un héritage ancestral probablement plus ancien que le Père Noël lui-même, et qu’il ne descend donc d’aucun créateur. Krampus bénéficie ainsi d’entrée de jeu d’une aura mystique extradiégétique, ou plutôt prédiégétique : les anciens contes populaires ont cela d’unique qu’ils n’ont plus d’auteur identifiable, ayant été transmis oralement sur plusieurs générations pendant des centaines d’années avant d’être consolidés par des ethnographes et anthologistes relativement récemment. Leur rapport et leur résonance avec la réalité dépendent par conséquent de celui qui les interprète ou les réinterprète, et le film de Dougherty ne peut être qu’une réplique dans l’éternel dialogue entre les mythes de l’expression culturelle humaine. Si Krampus s’impose si lourdement comme un incontournable de la fable de Noël horrifique, c’est aussi qu’il faut probablement remonter à d’obscures séries B hybrides telles que Le dernier templier (Jean-Marc Piché ; 1998), menée par Dolph Lundgren, pour trouver aux États-Unis des œuvres renouant avec une telle approche de la corrélation entre mythologie païenne et Noël (et encore, à des degrés moindres). Toute réplique fusse-t-elle, cette nouvelle mouture de Krampus propose donc de renouer avec une mythologie riche, haute en couleur et pleine de dangers, un peu à l’instar des anciens panthéon divins.

Krampus-clown

Le film propose d’interpréter Krampus comme une réponse iconique aux problématiques parcourant le corpus des films de Noël :

« Si, comme le suggère Kris Kringle dans Miracle sur la 34e rue (1947), « Noël n’est pas qu’un jour de l’année, c’est un état d’esprit », alors ces films en disent long sur notre perception actuelle de l’événement, évoquant des visions de divorce, de bouleversements structurels dans l’équilibre des sexes et dans les tendances de l’emploi, de pressions sociétales visant à nous pousser à la consommation et de problèmes inhérents à la parentalité, qui sont mises en opposition avec des images plus positives et utopiques de Noël. La contradiction envahissante entre la sentimentalité faisant de Noël une période de paix, de bienveillance et de cohésion familiale, et la réalité contemporaine habitée par les divorces, la culpabilité liée à l’aisance de vie et le stress relatif aux achats, forme un contraste expliquant l’intensité particulière des films de Noël. […] [Ces derniers] se concentrent donc sur notre besoin de gérer des relations complexes entre notre famille, la société et le matérialisme. »
John Mundy, Christmas at the Movies, in Christmas, Ideology, and Popular Culture

Toutes ces anxiétés modernes se retrouvent et sont même synthétisées dans le film de Dougherty, qui nous présente une cellule familiale fragmentée, déchirée entre la branche de classe sociale moyenne vivant en banlieue calme (très proche de l’image dressée par Joe Dante dans Gremlins), et l’excroissance redneck facile de la gâchette et ultra-républicaine de la famille. Bref, les deux revers de la pièce familiale américaine traditionnelle, qui vont devoir apprendre à repenser leurs valeurs respectives pour espérer survivre. La scène d’ouverture du film s’attaque elle aussi frontalement au fantôme consumériste hantant la période des fêtes en nous offrant des images au ralenti de la folie furieuse s’emparant des Américains lors du Black Friday, qui se déroulent sous nos yeux aux airs relaxant de la célèbre chanson It’s Beginning to Look a Lot Like Christmas, ici détournée de manière délicieusement ironique. Lorsque, lors de sa première demi-heure, le film déballe les cadeaux empoisonnés que sont les relations familiales, il détruit de bout en bout l’idée de cohésion qui parcourt habituellement le corpus, avant de plonger les personnages dans un cauchemar éveillé.

Dès lors, il n’est plus possible d’assimiler le métrage à une structure classique restauratrice des valeurs de Noël, mais plutôt à une entreprise de déconstruction similaire à d’autres œuvres subversives l’ayant précédé, comme Gremlins (Joe Dante ; 1984) ou Douce nuit, sanglante nuit (Charles E. Sellier ; 1984). John Mundy dit par ailleurs de ces productions qu’il s’agit de « récits punitifs qui refusent tous deux à Noël son pouvoir traditionnellement transformatif ». Cela se vérifie dans la conclusion des deux films : lorsque l’un se termine sur un jugement de valeur étranger, donc transcendantal au monde dépeint, de la capacité des occidentaux à évoluer (voir l’analyse de L’ouvreuse pour plus d’explications), l’autre renferme son univers dans un cercle vicieux condamné à se répéter éternellement, comme maudit par le destin.

Krampus se permet-il au final d’exprimer une proposition mêlant horreur ancestrale et valeurs restauratrices de Noël ? Sans spoiler la fin du film, celle-ci est si bien écrite qu’elle peut être interprétée à plusieurs niveaux, laissant pour ainsi dire le choix au spectateur d’accorder leur rédemption aux personnages, ou de les condamner au plus horrible des sorts. Cela est d’autant plus intéressant que la société américaine traverse depuis quelques temps une sorte de crise idéologique liée à Noël, menée par les plus grands acteurs de capitalisme, et visant à plaire à tout le monde. On l’a vu il y a quelques semaines avec la polémique de Starbucks.

Krampus-bell

L’Amérique est ainsi un pays en proie à des confrontations entre monothéisme dominant et paganisme latent, qui prennent parfois une ampleur nationale (du moins pour les Chrétiens), car le rappel d’une histoire alternative empêche le maintien de l’homogénéisation de la société (cette affaire est même discrètement référencée au début du film, lors d’un journal télévisé que l’on aperçoit quelques secondes en arrière-plan : « Is it a war on Christmas ? »). Non pas que l’objectif conscient d’un film comme Krampus soit d’hétérogénéiser notre rapport à Noël, mais son approche ouvertement folklorique mène inévitablement à un retour au moins inconscient d’une forme de paganisme longtemps oubliée. Le réalisateur Michael Dougherty s’exprime d’ailleurs à ce sujet dans la préface de la bande dessinée Krampus: Shadow of Saint Nicholas :

« Comme Pâques, Halloween et les autres fêtes que l’on attribue habituellement aux croyances judéo-chrétiennes, il se trouve que les célébrations hivernales appartenaient aux païens bien avant que se l’approprient les grands magasins, et leurs versions des festivités de Noël était bien plus fascinante que les échanges de cadeaux anonymes à la Secret Santa. »

Il est évident que Dougherty a invoqué les maîtres étant passés avant lui pour s’assurer de livrer un produit à la facture louable, même s’il fait preuve ici d’une mise en scène moins inspirée, plus mécanique. Le film bénéficie d’une superbe photographie, et demeurera sans doute un plaisir de revisionnage grâce à elle, mais le cinéaste se contente malheureusement de répéter certaines idées de réalisation dès lors que les dangers émergent. La plus évidente consiste à renfermer les personnages dans un cadre resserré avec caméra au point lorsqu’ils sont aux prises avec les forces maléfiques du récit. Ces dernières, qui peuvent tout aussi bien être des jouets prenant vie que des biscuits de Noël malfaisants, apportent une touche de folie au métrage, réminiscente d’une ambiance à la Stephen King, ou plus simplement d’une horreur cinématographique à la Joe Dante. Dougherty n’est certes pas aussi habile avec sa caméra, s’enfermant dans des habitudes efficaces et peu risquées, mais la nature même des menaces rapproche son film des fantaisies horrifiques que l’on pouvait voir au cinéma il y a une trentaine d’années.

Le ton humoristique domine généralement l’œuvre, qui en ressort plus comique qu’horrifique, cette dernière dimension tournant bien plus à l’actioner sauce home invasion qu’à la terreur pure. Ceci étant, l’ironie nait parfois d’une utilisation habile des poncifs du genre, et notamment des musiques comme Silent Night, Holy Night (la comptine qui laisse place aux monstres dès qu’elle cesse) ou une reprise nerveuse de Carol of the Bells (rythmant une scène d’anthologie dans le grenier de la maison). Si le film ne fait pas particulièrement peur, le soin apporté aux effets spéciaux par Weta Workshop (et Weta Digital lors des quelques touches numériques) rend la dimension fantastique de l’ensemble irrésistible pour les fans d’horreur.

Sint-RareExports

D’autres influences plus diffuses viennent inscrire Krampus dans un corpus encore plus spécialisé : celui des contes de Noël d’horreur fantastiques. Deux films en provenance d’Europe ont notamment marqué les esprits intéressés récemment : Rare Exports (2010) du finlandais Jalmari Helander, qui appliquait une approche minimaliste, presque morose au genre, en faisant du vrai Père Noël un Krampus, et de ses lutins l’origine de l’image qu’on se fait de lui. Aux Pays-Bas, Dick Maas livrait l’amusant et franchement historiographique Sint (2010), dans lequel Saint Nicolas était représenté en tant qu’évêque mort-vivant se manifestant à Amsterdam toutes les pleines lunes le 5 décembre (la date vous dit quelque chose ?) pour se venger du sort que lui avaient réservé les Néerlandais qu’il terrorisait au Moyen Âge. Ces deux films, même si loin d’être parfaits, avaient le mérite de raviver la flamme folklorique liée aux ombres se cachant derrière une tradition européenne séculaire, mixant réalisme social, contes ancestraux et réappropriations stylistiques.

Parmi celles-ci, il en existe une que seul Dougherty commence à approcher avec prudence dans le genre fantastique. En effet, lors de son analyse relative à la tradition de l’échange de cartes de vœux de Noël à l’effigie de Krampus, Paul Hawkins souligne que la figure se prête aisément aux détournements ou aux sous-entendus sexuels :

« Certaines des cartes présentent clairement une variante sexualisée du personnage. Ainsi, le krampus est parfois dépeint en séducteur de belles femmes, tandis que d’autres cartes comportent même des krampus femelles (dont la féminité domine le caractère monstrueux) chassant les hommes pour les emporter avec elles dans leur sac. La thématique sexuelle du krampus prendra une ampleur encore plus importante après la libération sexuelle des années 1960, époque à laquelle émergent des cartes sur lesquelles la figure démoniaque s’invite dans la chambre de femmes peu vêtues afin de les fustiger. »
Paul Hawkins, Bad Santas: Disquieting Winter Folk Tales for Grown-Ups

L’on n’oubliera pas de préciser que le personnage a donc également et sans surprise pénétré la littérature érotique, et qu’il demeure par conséquent un véhicule propice aux métaphores sexuelles. Dans le film, le cinéaste laisse quelques indices quant à l’existence d’une telle dimension, faisant par exemple de l’adolescente aux hormones éveillés la première personne à découvrir la créature et à comprendre le sort qui l’attend, ou en transformant l’emprisonnement de la famille en situation résurrectrice de la flamme intérieure unissant autrefois les parents du jeune protagoniste.

Krampus-women

Au final, que tirer de Krampus ? John Mundy ne savait pas si bien dire lorsqu’il écrivait :

« Certains suggèrent que la période de Noël provoque en quelque sorte l’émergence d’une réalité alternative dans laquelle la cellule familiale conserve une importance de premier ordre, alors même que les faits prouvent le contraire. »
John Mundy, Christmas at the Movies, in Christmas, Ideology, and Popular Culture

Ici, la famille est détruite, déconstruite, complètement démantelée pour finalement laisser le choix au spectateur de la reformer sous certaines conditions, ou de la condamner définitivement en tant qu’entité de décomposition identitaire. Cette « réalité alternative » est rejetée par ceux qui sont, à leur corps défendant, entraînés dans un monde de dangers surnaturels aux origines plus anciennes que la société qu’ils s’imaginent habiter. C’est le retour des esprits folkloriques qui régissaient autrefois la vie des hommes. Dans ce monde de peurs actualisées basées sur des constructions de traditions consuméristes, les biscuits tuent, les jouets attaquent et les forces du mal émanent de l’être humain lui-même sous la forme d’un cinéma d’horreur old school peu effrayant mais très amusant.

A-t-on fini d’entendre parler de Krampus ? Avec Anti-Claus, une anthologie horrifique en préparation sous la houlette de Kevin Smith, et Happy Krampus, une production Jim Henson, on parie sans problème qu’il nous reviendra sous peu.

KRAMPUS
Réalisé par Micheal Dougherty
Avec Adam Scott, Toni Colette, David Koechner
Sortie en mai 2016


Sources :
Armstrong, Neil. England and German Christmas Festlichkeit, c.1800–1914, in German History (2008) 26 (4), pp. 486-503 (http://gh.oxfordjournals.org/content/26/4/486.full).
Dougherty, Michael. Krampus: Shadow of Saint Nicholas. Legendary Comics; Mti edition, 2015.
Hawkins, Paul. Bad Santas: Disquieting Winter Folk Tales for Grown-Ups. Simon & Schuster UK, 2013.
Whiteley, Sheila. Christmas, Ideology, and Popular Culture. Edinburgh University Press, 2008.

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