Plus de 30 ans après l’introduction au monde de l’iconique Predator dans le film éponyme de John McTiernan, Shane Black revient cette fois derrière la caméra pour en proposer une relance bien nécessaire, après des années de perditions qui auront mené la franchise au bord du précipice. Entre les crossovers Alien vs Predator et la suite peu recommandable Predators datant de 2010, le célèbre extra-terrestre chasseur d’humains avait grandement perdu de la splendeur que lui avait conférée le film d’origine. Élément intrinsèque à la saga (Black avait été acteur sur le premier long-métrage car McTiernan voulait pouvoir compter sur les services d’un scénariste toujours dispo pour réécrire des scènes à la volée), le réalisateur de ce 4e opus solo vient enfin raviver une franchise qui le méritait.


Le film de 1987 posait les bonnes questions et offrait des réponses excitantes : il confrontait l’homme à son supérieur dans la chaîne alimentaire, afin de lui permettre d’atteindre le paroxysme évolutionniste que peut lui conférer un retour aux sources primales de son existence. Couvert de boue, brandissant sa torche enflammée, Dutch hurlait pour imposer sa présence, son droit d’occuper la première place de l’échelle animale. Les suites n’ont jamais su exploiter à nouveau le concept sous-jacent à l’idée de soumettre l’humain à un prédateur plus dangereux que lui au-delà d’actioners oscillant entre le sympathique et l’épave.

Shane Black ouvre son film comme McTiernan : avec un plan sur l’espace, fenêtre ouverte vers l’infini. Cette fois, une seconde fenêtre s’ouvre à l’intérieur même de celle-ci, lorsqu’un vaisseau entraîne l’apparition d’une faille spatiale menant vers notre galaxie. Le réalisateur insinue donc que désormais, il y aura beaucoup plus à découvrir que lors de notre baptême prédatorien. La suite de l’introduction reprend d’autres éléments venant du film de 1987. Dans la jungle sud-américaine, McKenna, notre nouveau protagoniste, est directement présenté comme un soldat complet, barbouillé de camouflage et capable de survivre à une rencontre avec le chasseur alien. Les corps sont pendus par les pieds et épluchés. Le thème martial et orchestral de Silvestri est repris par Henry Jackman. Bref, la promesse de Black est claire : il a parfaitement compris ce qu’avait raconté le film d’origine, et le condense en quelques minutes pour enfin en proposer un développement.

Cette extrapolation sur la problématique en question viendra par l’intermédiaire du jeune fils autiste de McKenna, qui est impliqué dans l’histoire après avoir involontairement activé un signal attirant un super-Predator sur Terre. Il semble que certains aient trouvé le personnage offensant en raison du traitement de son autisme. On ne saurait être en plus profond désaccord, tant The Predator aborde le sujet avec une révérence et une audace rare dans les blockbusters hollywoodiens.

C’est donc à travers cet enfant, représentation des facultés mentales extrêmes de notre espèce enfanté par le guerrier physiquement parfait, que le cinéaste propose de faire avancer la franchise : que reste-t-il après l’affirmation de notre supériorité ? L’évolution. Et celle-ci ne saura devenir réalité que par le biais d’une collaboration entre la force brute et la force douce. Rien de révolutionnaire thématiquement parlant certes, mais une tentative bienvenue de développer la saga autrement qu’en multipliant les antagonistes et les personnages jetables.

En parlant de personnages, Black est assez en forme en termes d’écriture, la plupart de ses ex-soldats à problèmes étant rendus attachants grâce à des détails qui font mouche. Oliva Munn incarne une scientifique badass avec panache, et l’équipe de marginaux partant en guerre contre le Predator compte des prestations captivantes, notamment un Thomas Jane jouant un soldat atteint du syndrome de Tourette. Shane Black étant particulièrement doué pour proposer des résolutions percutantes à des mises en place parfois discrètes, il offre par exemple à ce même personnage et à son comparse campé par Keegan-Michael Key une scène finale puissante, induisant une profonde fascination tant sur plan émotionnel que sur celui de la mise en scène.

Allant droit au but, Black met en boîte des scènes d’action nerveuses, efficaces et surtout très généreuses, multipliant les effets gores et les morts marquantes. Certaines images de synthèse auraient sans doute pu bénéficier de quelques heures de travail supplémentaires, mais difficile de bouder son plaisir devant le spectacle proposé. Le plus gros défaut du film se trouve malheureusement dans son protagoniste McKenna, qui fonctionne certes sur le plan théorique, mais se révèle en pratique être une surface lisse à laquelle il est impossible de s’identifier. Boyd Holbrook fait de son mieux avec ses répliques, mais les one-liners rigolos sont délégués à ses coéquipiers, pendant qu’il déballe les nécessaires phrases d’exposition et autres banalités oubliables.

Pour satisfaire les fans de la franchise, Black remplit son film d’idées, pour la plupart réjouissantes. Ainsi, notre connaissance de la technologie et de l’espèce des predators est largement étendue, le film multipliant les détails novateurs en termes de world-building. Le super Predator qui occupe notre équipe de bras cassés lors de la seconde moitié du film est impressionnant, et l’approche absolument premier degré du réalisateur en fait un ennemi convaincant, dont la puissance n’est jamais sacrifiée sur l’autel de la facilité scénaristique.

Entre ça et les références bien senties aux précédents volets (une évocation par-ci, un réplique réadaptée par-là), The Predator constitue un film d’action rentre-dedans tout à fait honorable, qui ne manque ni d’idées ni d’ambition, et qui s’évertue à satisfaire son public tout en renouvelant l’univers qu’il habite.

THE PREDATOR
Réalisé par Shane Black
Avec Boyd Holbrook, Sterling K. Brown, Keegan-Michael Key
Sortie le 17 octobre en francophonie

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